—Quels arbres magnifiques ! s'écria Joe ; quoique très naturel, c'est très beau ! Il n'en faudrait pas une douzaine pour faire une forêt.

—Ce sont des baobabs, répondit le docteur Fergusson ; tenez, en voici un dont le tronc peut avoir cent pieds de circonférence. C'est peut-être au pied de ce même arbre que périt le Français Maizan en 1845, car nous sommes au-dessus du village de Deje la Mhora, où il s'aventura seul ; il fut saisi par le chef de cette contrée, attaché au pied d'un baobab, et ce nègre féroce lui coupa lentement les articulations, pendant que retentissait le chant de guerre ; puis il entama la gorge, s'arrêta pour aiguiser son couteau émoussé, et arracha la tête du malheureux avant qu'elle ne fût coupée ! Ce pauvre Français avait vingt-six ans !

—Et la France n'a pas tiré vengeance d'un pareil crime ? demanda Kennedy.

—La France a réclamé ; le saïd de Zanzibar a tout fait pour s'emparer du meurtrier, mais il n'a pu y réussir.

—Je demande à ne pas m'arrêter en route, dit Joe ; montons, mon maître, montons, si vous m'en croyez.

—D'autant plus volontiers, Joe, que le mont Duthumi se dresse devant nous. Si mes calculs sont exacts, nous l'aurons dépassé avant sept heures du soir.

—Nous ne voyagerons pas la nuit ? demanda le chasseur.

—Non, autant que possible ; avec des précautions et de la vigilance, on le ferait sans danger, mais il ne suffit pas de traverser l'Afrique, il faut la voir.

—Jusqu'ici nous n'avons pas à nous plaindre, mon maître, Le pays le plus cultivé et le plus fertile du monde, au lieu d'un désert ! Croyez donc aux géographes !

—Attendons, Joe, attendons ; nous verrons plus tard. »