—Depuis, qu'avons-nous vu, en somme? Les canons Armstrong lancer des boulets de cinq cents livres, et les Columbiads Rodman des projectiles d'une demi-tonne! Il semble donc que, si les projectiles ont gagné en portée, ils ont plutôt perdu en pesanteur. Or, si nous tournons nos efforts de ce côté, nous devons arriver, avec le progrès de la science, à décupler le poids des boulets de Mahomet II et des chevaliers de Malte.
—C'est évident, répondit le major, mais quel métal comptez-vous donc employer pour le projectile?
—De la fonte de fer, tout simplement, dit le général Morgan.
—Peuh! de la fonte! s'écria J.-T. Maston avec un profond dédain, c'est bien commun pour un boulet destiné à se rendre à la Lune.
—N'exagérons pas, mon honorable ami, répondit Morgan; la fonte suffira.
—Eh bien! alors, reprit le major Elphiston, puisque la pesanteur du boulet est proportionnelle à son volume, un boulet de fonte, mesurant neuf pieds de diamètre, sera encore d'un poids épouvantable!
—Oui, s'il est plein; non, s'il est creux, dit Barbicane.
—Creux! ce sera donc un obus?
—Où l'on pourra mettre des dépêches, répliqua J.-T. Maston, et des échantillons de nos productions terrestres!
—Oui, un obus, répondit Barbicane; il le faut absolument; un boulet plein de cent huit pouces pèserait plus de deux cent mille livres, poids évidemment trop considérable; cependant, comme il faut conserver une certaine stabilité au projectile, je propose de lui donner un poids de cinq mille livres.