Toutefois, la raison retrouve son empire et, finalement, je me borne à hausser les épaules.

Quant à Thomas Roch, c'est à peine si je l'ai aperçu pendant les premiers jours qui ont suivi le départ de l'Ebba. Enfermé dans son laboratoire, il s'occupe sans cesse de ses manipulations multiples. À supposer qu'il utilise toutes les substances mises à sa disposition, il aura de quoi faire sauter Back-Cup et les Bermudes avec!

Je me rattache toujours à l'espoir qu'il ne consentira jamais à livrer la composition du déflagrateur, et que les efforts de l'ingénieur Serkö n'aboutiront point à lui acheter ce dernier secret… Cet espoir ne sera-t-il pas déçu?…

13 septembre. — Aujourd'hui, de mes yeux, j'ai pu constater la puissance de l'explosif et observer, en même temps, de quelle façon s'emploie le déflagrateur.

Dans la matinée, les hommes ont commencé le percement de la paroi à l'endroit préalablement choisi pour établir la communication avec la base extérieure de l'îlot.

Sous la direction de l'ingénieur, les travailleurs ont débuté en attaquant le pied de la muraille, dont le calcaire, extrêmement dur, pourrait être comparé au granit. C'est avec le pic, manié par des bras vigoureux, que furent portés les premiers coups. À n'employer que cet instrument, le travail eût été très long et très pénible, puisque la paroi ne mesure pas moins de vingt à vingt-cinq mètres d'épaisseur en cette partie du soubassement de Back-Cup. Mais, grâce au Fulgurateur Roch, il sera possible d'achever ce travail en un assez court délai.

Ce que j'ai vu est bien pour me stupéfier. Le désagrégement de la paroi que le pic n'entamait pas sans grande dépense de force, s'est opéré avec une facilité vraiment extraordinaire.

Oui! quelques grammes de cet explosif suffisent à broyer la masse rocheuse, à l'émietter, à la réduire en une poussière presque impalpable que le moindre souffle disperse comme une vapeur! Oui! — je le répète, — cinq à dix grammes, dont l'explosion produit une excavation d'un mètre cube, avec un bruit sec que l'on peut comparer à la détonation d'une pièce d'artillerie, due au formidable ébranlement des couches d'air.

La première fois qu'on s'est servi de cet explosif, bien qu'il fût employé à une si minuscule dose, plusieurs des hommes, qui se trouvaient trop rapprochés de la paroi, furent renversés. Deux se relevèrent blessés grièvement, et l'ingénieur Serkö lui-même, qui avait été rejeté à quelques pas, ne s'en tira pas sans de rudes contusions.

Voici comment on opère avec cette substance, dont la force brisante dépasse tout ce qu'on a inventé jusqu'à ce jour: