Un homme gardait l'orifice du couloir, bien que, par surcroît de précaution, ce couloir fût obstrué à son issue sur le littoral. De la place qu'il occupait, cet homme ne pouvait apercevoir les berges. Au surplus, je ne vis que deux lampes allumées au-dessus de la rive droite et de la rive gauche du lagon, en sorte qu'une profonde obscurité régnait sous la forêt de piliers.

J'allais ainsi au milieu de l'ombre, lorsque quelqu'un vint à passer près de moi.

Je reconnus Thomas Roch.

Thomas Roch marchait lentement, absorbé dans ses réflexions comme d'habitude, l'imagination toujours tendue, l'esprit toujours en travail.

Ne s'offrait-il pas là une occasion favorable de lui parler, de l'instruire de ce que vraisemblablement il ne savait pas… Il ignore… il doit ignorer en quelles mains est tombée sa personne… Il ne peut se douter que le comte d'Artigas n'est autre que le pirate Ker Karraje… Il ne soupçonne pas à quel bandit il a livré une partie de son invention… Il faut lui apprendre que des millions qui l'ont payée il n'aura jamais la jouissance… Pas plus que moi, il n'aura la liberté de quitter cette prison de Back-Cup… Oui!… Je ferai appel à ses sentiments d'humanité, aux malheurs dont il sera responsable, s'il ne garde pas ses derniers secrets…

J'en étais là de mes réflexions, lorsque je me sentis vivement saisir par-derrière.

Deux hommes me tenaient les bras, et un troisième se dressa devant moi.

Je voulus appeler.

«Pas un cri! me dit cet homme qui s'exprimait en anglais. N'êtes- vous pas Simon Hart?…

— Comment savez-vous?…