N'était-ce pas la porte par laquelle j'allais m'échapper de cette prison?… N'était-ce pas la liberté qui m'attendait au large?…

Le Sword se mut en douceur vers l'orifice…

Ah!… l'horrible malchance, et comment avais-je pu résister à ce coup?… Comment mon coeur ne s'était-il pas brisé?…

Une vague lueur apparaissait à travers les profondeurs du tunnel, moins de vingt mètres en avant. Cette lumière, qui s'avançait sur nous, ne pouvait être que la lumière projetée par le look-out du bateau sous-marin de Ker Karraje.

«Le tug!… ai-je crié. Lieutenant… voici le tug qui rentre à
Back-Cup!…

— Machine arrière!» ordonna le lieutenant Davon. Et le Sword recula au moment où il allait s'engager à travers le tunnel. Peut- être une chance nous restait-elle d'échapper, car d'une main rapide, le lieutenant avait éteint notre fanal, et il était possible que ni le capitaine Spade ni aucun de ses compagnons n'eussent aperçu le Sword… Peut-être, en s'écartant, livrerait-il passage au tug… Peut-être sa masse obscure se confondrait-elle avec les basses couches du lagon… Peut-être le tug passerait-il sans le voir?… Lorsqu'il aurait regagné son poste de mouillage, le Sword se remettrait en direction… et donnerait dans l'orifice…

L'hélice du Sword tournant à contre, nous avons rebroussé vers la berge du côté sud… Encore quelques instants et le Sword n'aurait plus qu'à stopper…

Non!… Le capitaine Spade avait reconnu la présence d'un bateau sous-marin, prêt à s'engager à travers le tunnel, et il se disposait à le poursuivre sous les eaux du lagon… Que pourrait cette frêle embarcation lorsqu'elle serait attaquée par le puissant appareil de Ker Karraje?…

Le lieutenant Davon me dit alors:

«Retournez dans le compartiment où se trouve Thomas Roch, monsieur Hart… Fermez la porte, tandis que je vais fermer celle du compartiment de l'arrière… Si nous sommes abordés, il est possible que, grâce à ses cloisons, le Sword se soutienne entre deux eaux…»