Le lendemain matin, le navire désigné pour la première attaque se mit en marche. Il était encore à quatre milles et demi de l'îlot lorsque trois engins, après l'avoir dépassé, revinrent sur eux- mêmes, le prirent à revers, éclatèrent à cinquante mètres de son bord, et il coula en quelques secondes.

L'effet de cette explosion, due à un formidable bouleversement des couches atmosphériques, à un ébranlement de l'espace, supérieur à tout ce que l'on avait obtenu jusqu'alors des nouveaux explosifs, avait été instantané. Les quatre navires restés en arrière en éprouvèrent un effroyable contrecoup à la distance où ils se trouvaient.

Deux conséquences étaient à déduire de cette soudaine catastrophe:

1° Le pirate Ker Karraje disposait du Fulgurateur Roch.

2° Le nouvel engin possédait la puissance destructive que lui attribuait son inventeur.

Après cette disparition du croiseur d'avant-garde, les autres bâtiments envoyèrent leurs canots afin de recueillir les survivants de ce désastre, accrochés à quelques épaves.

C'est alors que les navires échangèrent des signaux et se lancèrent vers l'îlot de Back-Cup.

Le plus rapide, le Tonnant, — un navire de guerre français, — prit l'avance à toute vapeur, tandis que les autres bâtiments forçaient leurs feux pour le rejoindre.

Le _Tonnant _pénétra d'un demi-mille sur la zone qui venait d'être bouleversée par l'explosion, au risque d'être anéanti par d'autres engins. Au moment où il évoluait afin de mettre ses grosses pièces en direction, il arbora le pavillon tricolore.

Du haut des passerelles, les officiers pouvaient apercevoir la bande de Ker Karraje éparpillée sur les roches de l'îlot.