— Où on ne les trouverait pas, d'ailleurs, si l'on venait les y chercher», ajouta Serkö. Et il haussa les épaules en riant de bonne humeur. «Néanmoins, mieux vaut ne point exciter les soupçons», répondit le comte d'Artigas.
L'embarcation était parée. Le capitaine Spade et cinq hommes y prirent place. Quatre d'entre eux saisirent les avirons. Le cinquième, le maître d'équipage Effrondat, qui devait garder le canot, se mit à la barre près du capitaine Spade.
«Bonne chance, Spade, s'écria Serkö en souriant, et opère sans bruit, comme un amoureux qui enlève sa belle…
— Oui… à moins que ce Gaydon…
— Il nous faut Roch et Gaydon, dit le comte d'Artigas.
— C'est compris!» répliqua le capitaine Spade.
Le canot déborda, et les matelots le suivirent du regard jusqu'au moment où il disparut au milieu de l'obscurité.
Il convient de noter qu'en attendant son retour, l'Ebba ne fit aucun préparatif d'appareillage. Sans doute, elle ne comptait point quitter le mouillage de New-Berne après l'enlèvement. Et, au vrai, comment aurait-elle pu gagner la pleine mer? On ne sentait plus un souffle de brise, et le flot allait se faire sentir avant une demi-heure jusqu'à plusieurs milles en amont de la Neuze. Aussi la goélette ne se mit-elle pas à pic sur son ancre.
Mouillée à deux encablures de la berge, l'Ebba aurait pu s'en approcher davantage et trouver encore quinze ou vingt pieds de fond, ce qui eût facilité l'embarquement, lorsque le canot serait revenu l'accoster. Mais si cette manoeuvre ne s'était pas effectuée, c'est que le comte d'Artigas avait eu des raisons pour ne point l'ordonner.
La distance fut franchie en quelques minutes, le canot ayant passé sans être aperçu.