Deux hommes ont apparu, que je n'ai pas eu le loisir de dévisager. Ces deux hommes m'ont saisi par les bras, et un épais morceau de toile a enveloppé ma tête, de telle sorte qu'il me fut impossible de rien voir.

Que signifiait cette précaution?… Qu'allait-on faire de moi?… J'ai voulu me débattre… On m'a solidement maintenu… J'ai interrogé… Je n'ai pu obtenir aucune réponse. Quelques paroles ont été échangées entre ces hommes, dans une langue que je ne comprenais pas, et dont je n'ai pu reconnaître la provenance.

Décidément, on usait de peu d'égards envers moi! Il est vrai, un gardien de fous, pourquoi se gêner avec un si infime personnage?… Mais je ne suis pas bien sûr que l'ingénieur Simon Hart eût été l'objet de meilleurs traitements.

Cette fois, cependant, on ne m'a pas bâillonné, on ne m'a lié ni les bras ni les jambes. On s'est contenté de me tenir vigoureusement, et je n'aurais pu fuir.

Un instant après, je suis entraîné hors du compartiment et poussé à travers une étroite coursive. Sous mes pieds résonnent les marches d'un escalier métallique. Puis, un air frais frappe mon visage, et, à travers le morceau de toile, je respire avidement.

Alors on me soulève, et les deux hommes me déposent sur un plancher qui, cette fois, n'est pas fait de plaques de tôle et doit être le pont d'un navire.

Enfin les bras qui me serraient se relâchent. Me voici libre de mes mouvements. J'arrache aussitôt la toile qui me recouvre la tête, et je regarde…

Je suis à bord d'une goélette en pleine marche, dont le sillage laisse une longue trace blanche.

Il m'a fallu saisir un des galhaubans pour ne pas choir, ébloui que je suis par le grand jour, après cet emprisonnement de quarante-huit heures au milieu d'une complète obscurité.

Sur le pont vont et viennent une dizaine d'hommes à la physionomie rude, — des types très dissemblables, auxquels je ne saurais assurer une origine quelconque. D'ailleurs c'est à peine s'ils font attention à moi.