Ledit capitaine m'interrompt d'un signe, et encore, ce signe, n'est-ce pas à moi qu'il s'adresse, mais à quelques matelots postés près du gaillard d'avant.

Ceux-ci accourent, me prennent les bras, et, s'inquiétant peu du mouvement de colère que je ne puis retenir, m'obligent à descendre l'escalier du capot de l'équipage.

Cet escalier n'est à vrai dire qu'une échelle à barreaux de fer perpendiculairement fixée à la cloison. Sur le palier, de chaque côté, s'ouvre une porte, qui établit la communication entre le poste, la cabine du capitaine et d'autres chambres contiguës.

Allait-on de nouveau me plonger dans le sombre réduit que j'ai déjà occupé à fond de cale?…

Je tourne à gauche, l'on m'introduit à l'intérieur d'une cabine, éclairée par un des hublots de la coque, repoussé en ce moment, et qui laisse passer un air vif. L'ameublement comprend un cadre avec sa literie, une table, un fauteuil, une toilette, une armoire.

Sur la table, mon couvert est mis. Je n'ai plus qu'à m'asseoir, et, comme l'aide-cuisinier allait se retirer après avoir déposé divers plats, je lui adresse la parole.

Encore un muet celui-là, — un jeune garçon de race nègre, et peut-être ne comprend-il pas ma langue?…

La porte refermée, je mange avec appétit, remettant à plus tard des questions qui ne resteront pas toujours sans réponses.

Il est vrai, je suis prisonnier, — mais cette fois, dans des conditions de confort infiniment préférables, et qui me seront conservées, je l'espère, jusqu'à notre arrivée à destination.

Et alors, je m'abandonne à un cours d'idées dont la première est celle-ci: c'est le comte d'Artigas qui avait préparé cette affaire d'enlèvement, c'est lui qui est l'auteur du rapt de Thomas Roch, et nul doute que l'inventeur français ne soit installé dans une non moins confortable cabine à bord de l'Ebba.