A-t-il donc la pensée de s'adresser à l'un de ces deux hommes, et s'ils lui parlent, leur répondra-t-il, — ce dont il s'est dispensé à mon égard?…

Juste à ce moment, sa physionomie vient de s'éclairer d'une lueur d'intelligence, et son attention — je ne puis en douter — est attirée par la marche bizarre de la goélette.

En effet, ses regards se portent sur la mâture de l'Ebba, dont les voiles sont serrées, et qui glisse rapidement à la surface de ces eaux calmes…

Thomas Roch rétrograde alors, il remonte la coursive de tribord, il s'arrête à la place où devrait se dresser une cheminée, si l'_Ebba _était un steam-yacht, — une cheminée dont s'échapperaient des tourbillons de fumée noire…

Ce qui m'a semblé si étrange paraît tel à Thomas Roch… Il ne peut s'expliquer ce que j'ai trouvé inexplicable, et, comme je l'ai fait, il gagne l'arrière afin de voir fonctionner l'hélice…

Sur les flancs de la goélette gambade une troupe de marsouins. Si vite que file l'Ebba, ces agiles animaux la dépassent sans peine, cabriolant, se culbutant, se jouant dans leur élément naturel avec une merveilleuse souplesse.

Thomas Roch ne s'attache pas à les suivre du regard. Il se penche au-dessus des bastingages…

Aussitôt l'ingénieur Serkö et le capitaine Spade se rapprochent de lui, et, craignant qu'il ne tombe à la mer, ils le retiennent d'une main ferme, puis le ramènent sur le pont.

J'observe, d'ailleurs, — car j'en ai la longue expérience, — que Thomas Roch est en proie à une vive surexcitation. Il tourne sur lui-même, il gesticule, des phrases incohérentes, qui ne s'adressent à personne, sortent de sa bouche…

Cela n'est que trop visible, une crise est prochaine, — une crise semblable à celle qui l'a saisi pendant la dernière soirée passée au pavillon de Healthful-House, et dont les conséquences ont été si funestes. Il va falloir s'emparer de lui, le descendre dans sa cabine, où l'on m'appellera peut-être à lui donner ces soins spéciaux dont j'ai l'habitude…