Une espèce de grand diable, d'origine malaise, très foncé de couleur, paraît aussitôt sur le seuil. D'une voix rude, il me signifie de m'éloigner.
Je résiste à cette injonction, et j'insiste, en répétant par deux fois cette phrase en bon anglais:
«Prévenez le comte d'Artigas que je désire être reçu à l'instant même.»
Autant eût valu m'adresser aux roches de Back-Cup! Ce sauvage ne comprend sans doute pas un mot de la langue anglaise et ne me répond que par un cri menaçant.
L'idée me prend alors de forcer la porte, d'appeler de façon à être entendu du comte d'Artigas. Mais, selon toute probabilité, cela n'aurait d'autre résultat que de provoquer la colère du Malais, dont la force doit être herculéenne.
Je remets à un autre moment l'explication qui m'est due, — que j'aurai tôt ou tard. En longeant la rangée de Bee-Hive dans la direction de l'est, ma pensée s'est reportée sur Thomas Roch. Je suis très surpris de ne pas l'avoir encore aperçu pendant cette première journée. Est-ce qu'il serait en proie à une nouvelle crise?…
Cette hypothèse n'est guère admissible. Le comte d'Artigas, — à s'en rapporter à ce qu'il m'a dit, — aurait eu soin de mander près de l'inventeur son gardien Gaydon.
À peine ai-je fait une centaine de pas que je rencontre l'ingénieur Serkö.
De manières engageantes, de bonne humeur comme à l'habitude, cet ironiste sourit en m'apercevant, et ne cherche point à m'éviter. S'il savait que je suis un confrère, un ingénieur, — en admettant qu'il le soit, — peut-être me ferait-il meilleur accueil?… Mais je me garderai bien de lui décliner mes nom et qualités.
L'ingénieur Serkö s'est arrêté, les yeux brillants, la bouche moqueuse, et il accompagne le bonjour qu'il me souhaite d'un geste des plus gracieux.