Aussi ai-je continué en disant:
«Mais, si ce climat ne me convient pas, j'ai le droit d'en changer, ce me semble…
— Le droit, en effet.
— Et j'entends qu'il me soit permis de partir et que l'on me fournisse les moyens de retourner en Amérique.
— Je n'ai aucune bonne raison à vous opposer, monsieur Gaydon, répond l'ingénieur Serkö. Votre prétention est même de tous points fondée. Remarquez, cependant, que nous vivons ici dans une noble et superbe indépendance, que nous ne relevons d'aucune puissance étrangère, que nous échappons à toute autorité du dehors, que nous ne sommes les colons d'aucun État de l'ancien ni du nouveau monde… Cela mérite considération de quiconque a l'âme fière, le coeur haut placé… Et puis, quels souvenirs évoquent chez un esprit cultivé ces grottes qui semblent avoir été creusées de la main des dieux, et dans lesquelles ils rendaient autrefois leurs oracles par la bouche de Trophonius…»
Décidément, l'ingénieur Serkö se plaît aux citations de la Fable! Trophonius après Pluton et Neptune! Ah çà! se figure-t-il qu'un gardien d'hospice connaisse Trophonius?… Il est visible que ce moqueur continue à se moquer, et je fais appel à toute ma patience pour ne pas lui répondre sur le même ton.
«Il y a un instant, dis-je d'une voix brève, j'ai voulu entrer dans cette habitation, qui est, si je ne me trompe, celle du comte d'Artigas, et j'en ai été empêché…
— Par qui, monsieur Gaydon?…
— Par un homme au service du comte.
— C'est que, très probablement, cet homme avait reçu des ordres formels à votre égard.