Ce pavillon n'avait qu'un rez-de-chaussée, surmonté d'une terrasse à l'italienne. Le rez-de-chaussée comprenait deux chambres et une antichambre, avec fenêtres défendues par des barreaux de fer. De chaque côté de l'habitation se dressaient de beaux arbres, alors dans toute la splendeur de leurs frondaisons. En avant verdoyaient de fraîches pelouses veloutées, où ne manquaient ni les arbrisseaux variés, ni les fleurs éclatantes. L'ensemble s'étendait sur un demi-acre environ, à l'usage exclusif de Thomas Roch, libre d'aller à travers ce jardin sous la surveillance de son gardien.
Lorsque le comte d'Artigas, le capitaine Spade et le directeur pénétrèrent dans cet enclos, celui qu'ils aperçurent à la porte du pavillon fut le gardien Gaydon.
Immédiatement, le regard du comte d'Artigas se porta sur ce gardien, qu'il parut observer avec une insistance singulière, qui ne fut point remarquée du directeur.
Ce n'était pas la première fois, cependant, que des étrangers venaient rendre visite à l'hôte du pavillon 17, car l'inventeur français passait à juste titre pour être le plus curieux pensionnaire de Healthful-House. Néanmoins, l'attention de Gaydon fut sollicitée par l'originalité du type que présentaient ces deux personnages, dont il ignorait la nationalité. Si le nom du comte d'Artigas ne lui était pas inconnu, il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer ce riche gentleman pendant ses relâches dans les ports de l'est, et il ne savait pas que la goélette Ebba fût alors mouillée à l'entrée de la Neuze, au pied de la colline de Healthful-House.
«Gaydon, demanda le directeur, où est en ce moment Thomas Roch?…
— Là, répondit le gardien, en montrant de la main un homme qui se promenait d'un pas méditatif sous les arbres en arrière du pavillon.
— M. le comte d'Artigas a été autorisé à visiter Healthful-House, et il n'a pas voulu repartir sans avoir vu Thomas Roch dont on n'a que trop parlé ces derniers temps…
— Et dont on parlerait bien davantage, répondit le comte d'Artigas, si le gouvernement fédéral n'eût pris la précaution de l'enfermer dans cet établissement…
— Précaution nécessaire, monsieur le comte.
— Nécessaire, en effet, monsieur le directeur, et mieux vaut que le secret de cet inventeur s'éteigne avec lui, pour le repos du monde.»