Van Mitten pensait à ce voyage imprévu, et ne cessait de se demander pourquoi lui, citoyen des provinces bataves, il était lancé sur les routes littorales de la mer Noire, lorsqu'il pouvait tranquillement rester dans le faubourg de Péra, à Constantinople.

Ahmet, lui, avait franchement pris son parti de ce départ. Mais il était bien décidé à ne point épargner la bourse de son oncle, dans tous les cas où un retard devrait être évité ou un obstacle franchi à prix d'argent. On irait par le plus court, mais aussi par le plus vite.

Le jeune homme ruminait tout cela dans sa tête, quand, au tournant du petit cap, il aperçut au fond de la baie la villa du banquier Sélim. Ses yeux se fixèrent sur ce point,—sans doute au moment où les yeux d'Amasia se portaient vers lui,—et il est probable que leurs regards se croisèrent sans avoir pu s'atteindre.

Puis, s'adressant à son oncle, Ahmet, résolu à toucher une question des plus délicates, lui demanda s'il avait arrêté minutieusement tous les détails de l'itinéraire.

«Oui, mon neveu, répondit Kéraban. Nous suivrons, sans jamais l'abandonner, la route qui contourne le littoral.

—Et nous nous dirigeons, en ce moment?…

—Sur Koblewo, à une douzaine de lieues d'Odessa, et je compte bien y arriver ce soir.

—Et une fois à Koblewo? demanda Ahmet….

—Nous voyagerons toute la nuit, mon neveu, afin d'arriver à Nikolaief demain, vers midi, après avoir franchi les dix-huit lieues qui séparent cette ville de la bourgade.

—Très bien, oncle Kéraban, il s'agit d'aller vite, en effet!… Mais, arrivé à Nikolaief, ne songerez-vous pas à atteindre, en quelques jours seulement, les districts du Caucase?