—Un seigneur turc, s'écria Kéraban! Un de ces Ottomans à la mode européenne, sans doute! Vraiment! ils ne se contentent pas de vous embarrasser dans les rues de Constantinople, il faut encore qu'on les rencontre sur les routes de la Crimée!

—Et quel est-il?

—Je sais qu'il se nomme le seigneur Saffar, voilà tout, répondit tranquillement le maître de poste.

—Eh bien, pourquoi vous êtes-vous permis de donner ce qui vous restait de chevaux à ce seigneur Saffar? demanda Kéraban, avec l'accent du plus parfait mépris.

—Parce que ce voyageur est arrivé au relais, hier matin, douze heures avant vous, et que les chevaux étant disponibles, je n'avais aucune raison pour les lui refuser.

—Il y en avait, au contraire!…

—Il y en avait?… répéta le maître de poste.

—Sans doute, puisque je devais arriver!»

Que peut-on répondre à des arguments de cette valeur? Van Mitten voulut intervenir: il en fut pour une bourrade de son ami. Quant au maître de poste, après avoir regardé le seigneur Kéraban d'un air goguenard, il allait rentrer dans sa maison, lorsque celui-ci l'arrêta, en disant:

«Peu importe, après tout! Que vous ayez des chevaux ou non, il faut que nous partions à l'instant!