—Pas plus d'ânes que de mulets!

—Pas plus d'ânes!… s'écria le seigneur Kéraban. Ah ça! vous moquez-vous de moi, monsieur le maître de poste! Comment, pas d'ânes dans le pays! Pas de quoi faire un attelage, quel qu'il soit? Pas de quoi relayer une voiture?»

Et l'obstiné personnage, en parlant ainsi, jetait des regards courroucés, à droite et à gauche, sur une douzaine d'indigènes, qui s'étaient assemblés à la porte du relais.

«Il serait capable de les faire atteler à sa chaise! dit Bruno.

Oui!… eux ou nous!» répondit Nizib, en homme qui connaissait bien son maître.

Cependant, puisqu'il n'y avait ni chevaux, ni mulets, ni ânes, il devenait évident qu'on ne pourrait partir. Donc, nécessité de se résigner à un retard de vingt-quatre heures. Ahmet, que cela contrariait autant que son oncle, allait pourtant essayer de lui faire entendre raison en présence de cette impossibilité absolue, lorsque le seigneur Kéraban de s'écrier:

«Cent roubles à qui me procurera un attelage!»

Un certain frémissement courut parmi les indigènes d'Arabat. L'un d'eux s'avança résolument.

«Seigneur Turc, dit-il, j'ai deux dromadaires à vendre!

—Je les achète!» répondit Kéraban.