On ne lui répondait pas, mais on lui obéissait. Chacun s'élançait dans la direction de la chaise de poste, qu'on ne pouvait plus apercevoir. Au delà de l'horizon, il semblait que l'obscurité de la nuit se refaisait sur cette partie de la steppe…. Là était donc la limite de cette région des cônes qu'il fallait dépasser.

Tout à coup, une plus vive explosion éclata sur la route même. Un jet de feu avait jailli d'une énorme loupe, qui venait de boursoufler le sol en un instant.

Kéraban fut renversé, et on put l'apercevoir se débattant à travers la flamme. C'en était fait de lui, s'il ne parvenait pas à se relever…

D'un bond, Ahmet se précipita au secours de son oncle. Il le saisit, avant que les gaz enflammés n'eussent pu l'atteindre. Il l'entraîna à demi suffoqué par les émanations de l'hydrogène.

«Mon oncle!… mon oncle!» s'écriait-il.

Et tous, Van Mitten, Bruno, Nizib, après l'avoir porté sur le bord d'un talus, essayèrent de rendre un peu d'air à ses poumons.

Enfin, un «brum! brum!» vigoureux et de bon augure se fit entendre. La poitrine du solide Kéraban commença à s'abaisser et à se soulever par intervalles précipités, en chassant les gaz délétères qui l'emplissaient. Puis il respira longuement, il revint au sentiment, à la vie, et ses premières paroles furent celles-ci:

«Oseras-tu encore me soutenir, Ahmet, qu'il ne valait pas mieux faire le tour de la mer d'Azof?

—Vous avez raison, mon oncle!

—Comme toujours, mon neveu, comme toujours!»