Tout à coup, une vive lueur se produisit sur le côté gauche de la route. Un des cônes venait de s'allumer et projetait une flamme intense. La steppe en fut éclairée dans le rayon d'une verste.
«On fume donc!» s'écria Ahmet, qui marchait un peu en avant de ses compagnons et recula précipitamment.
Personne ne fumait.
Soudain, les cris du postillon se firent entendre en avant. Les claquements de son fouet s'y joignirent. Il ne pouvait plus maîtriser son attelage. Les chevaux épouvantés s'emportèrent, la chaise fut entraînée avec une extrême vitesse.
Tous s'étaient arrêtés. La steppe présentait, au milieu de cette nuit sombre, un aspect terrifiant.
En effet, les flammes, développées par le cône, venaient de se communiquer aux cônes voisins. Ils faisaient explosion les uns après les autres, éclatant avec violence, comme les batteries d'un feu d'artifice, dont les jets de feu s'entre-croisent.
Maintenant, une immense illumination emplissait la plaine. Sous cet éclat apparaissaient des centaines de grosses verrues ignivomes, dont le gaz brûlait au milieu des déjections de matières liquides, les uns avec la lueur sinistre du pétrole, les autres diversement colorés par la présence du soufre blanc, des pyrites ou du carbonate de fer.
En même temps, des grondements sourds couraient à travers les marnes du sol. La terre allait-elle donc s'entr'ouvrir et se changer en un cratère sous la poussée d'un trop-plein de matières éruptives?
Il y avait là un danger imminent. Instinctivement, le seigneur Kéraban et ses compagnons s'étaient écartés les uns des autres, afin de diminuer les chances d'un engloutissement commun. Mais il ne fallait pas s'arrêter. Il fallait marcher rapidement. Il importait de traverser au plus vite cette zone dangereuse. La route, bien éclairée, semblait être praticable. Tout en sinuant au milieu des cônes, elle traversait cette steppe en feu.
«En avant! en avant!» criait Ahmet.