On partit au claquement du fouet du iemschik et aux hennissements d'un vigoureux attelage.
Une heure après, la chaise passait cette frontière du Gouriel, qui est annexé à la Mingrélie depuis 1801. Il a pour chef-lieu Poti, port assez important de la mer Noire, qu'une voie ferrée rattache à Tiflis, la capitale de la Géorgie.
La route remontait un peu à l'intérieur d'une campagne fertile. Çà et là, des villages, où les maisons ne sont point groupées, mais éparses au milieu des champs de maïs. Rien de singulier comme l'aspect de ces constructions, qui ne sont plus en bois, mais en paille tressée, comme un ouvrage de vannier. Van Mitten n'oublia pas de mentionner cette particularité sur son carnet de voyage. Et pourtant ce n'étaient point ces insignifiants détails qu'il s'attendait à noter pendant son passage à travers l'ancienne Colchide! Enfin, peut-être serait-il plus heureux, quand il arriverait sur les rives du Rion, ce fleuve de Poti, qui n'est autre que le célèbre Phase de l'antiquité, et, s'il faut en croire quelques savants géographes, l'un des quatre cours d'eau de l'Éden!
Une heure plus tard, les voyageurs s'arrêtaient devant la ligne du railway de Poti-Tiflis, à un point où le chemin coupe la voie ferrée, une verste au-dessous de la station de Sakario. Là s'ouvrait un passage à niveau qu'il fallait nécessairement franchir, si l'on voulait, en abrégeant la route, rejoindre Poti par la rive gauche du fleuve.
Les chevaux vinrent donc s'arrêter devant la barrière du railway, qui était fermée.
Les glaces du coupé avaient été baissées, de telle sorte que le seigneur Kéraban et ses deux compagnons étaient à même de voir ce qui se passait devant eux.
Le postillon commença par héler le garde-barrière, qui ne parut point tout d'abord.
Kéraban mit la tête à la portière.
«Est-ce que cette maudite compagnie de chemin de fer, s'écria-t-il, va encore nous faire perdre notre temps? Pourquoi cette barrière est-elle fermée aux voitures?
—Sans doute parce qu'un train va bientôt passer! fit simplement observer Van Mitten.