Et tout en riant, Nedjeb passait aux poignets de la jeune fille deux magnifiques bracelets, plus resplendissants sur cette peau blanche et chaude que sur le velours de leur écrin.
Amasia se laissait faire. Tous ces bijoux lui parlaient d'Ahmet, et, à travers l'incessant babil de Nedjeb, ses yeux, allant de l'un à l'autre, lui répondaient en silence.
«Chère Amasia!»
La jeune fille, à cette voix, se leva précipitamment.
Un jeune homme, dont les vingt-deux ans allaient bien aux seize ans de sa fiancée, était près d'elle. Taille au-dessus de la moyenne, tournure élégante, à la fois fière et gracieuse, yeux noirs d'une grande douceur, que la passion pouvait emplir d'éclairs, chevelure brune, dont les boucles tremblaient sous le puckul de soie, qui pendait à son fez, fines moustaches tracées à la mode albanaise, dents blanches,—enfin un air très aristocratique, si cette épithète pouvait avoir cours dans un pays où, le nom n'étant pas transmissible, il n'existe aucune aristocratie héréditaire.
Ahmet était consciencieusement vêtu à la turque, et pouvait-il en être autrement du neveu d'un oncle qui se serait cru déshonoré en s'européanisant comme un simple fonctionnaire? Sa veste brodée d'or, son chalwar d'une coupe irréprochable, que ne surchargeait aucune passementerie de mauvais goût, sa ceinture qui l'enroulait d'un pli gracieux, son fez entouré d'un saryk en coton de Brousse, ses bottes de maroquin, lui faisaient un costume tout à son avantage.
Ahmet s'était avancé près de la jeune fille, il lui avait pris les mains, il l'avait doucement obligée à se rasseoir, tandis que Nedjeb s'écriait:
«Eh bien, seigneur Ahmet, avons-nous ce matin une lettre de
Constantinople?
—Non, répondit Ahmet, pas même une lettre d'affaires de mon oncle
Kéraban!
—Oh! le vilain homme! s'écria la jeune Zingare.