—Je trouve même assez inexplicable, reprit Ahmet, que le courrier n'ait apporté aucune correspondance de son comptoir. C'est le jour où, d'habitude, sans y manquer jamais, il règle ses opérations avec son banquier d'Odessa, et votre père n'a point reçu de lettre à ce sujet!

—En effet, mon cher Ahmet, de la part d'un négociant aussi régulier dans ses affaires que votre oncle Kéraban, cela a lieu d'étonner! Peut-être une dépêche?…

—Lui? envoyer une dépêche? Mais, chère Amasia, vous savez bien qu'il ne correspond pas plus par le télégraphe qu'il ne voyage par le chemin de fer! Utiliser ces inventions modernes, même pour ses relations commerciales! Il aimerait mieux, je crois, recevoir une mauvaise nouvelle par lettre, qu'une bonne par dépêche! Ah! l'oncle Kéraban!…

—Vous lui aviez écrit pourtant, cher Ahmet? demanda la jeune fille, dont les regards se levèrent doucement sur son fiancé.

—Je lui ai écrit dix fois pour presser son arrivée à Odessa, pour le prier de fixer à une date plus rapprochée la célébration de notre mariage! Je lui ai répété qu'il était un oncle barbare….

—Bien! s'écria Nedjeb.

—Un oncle sans coeur, tout en étant le meilleur des hommes!…

—Oh! fit Nedjeb, en secouant la tête.

—Un oncle sans entrailles, tout en étant un père pour son neveu!… Mais il m'a répondu que, pourvu qu'il arrivât avant six semaines, on ne pouvait rien lui demander de plus!

—Il nous faudra donc attendre son bon vouloir Ahmet!