—Attendre, Amasia, attendre!… répondit Ahmet! Ce sont autant de jours de bonheur qu'il nous vole!
—Et on arrête des voleurs, oui! des voleurs, qui n'ont jamais fait pis! s'écria Nedjeb, en frappant du pied.
—Que voulez-vous? reprit Ahmet. J'essayerai encore d'attendrir mon oncle Kéraban. Si demain il n'a pas répondu à ma lettre, je pars pour Constantinople, et….
—Non, cher Ahmet, répondit Amasia, qui saisit la main du jeune homme, comme si elle eût voulu le retenir. Je souffrirais plus de votre absence que je ne me réjouirais de quelques jours gagnés pour notre mariage! Non! restez! Qui sait si quelque circonstance ne changera pas les idées de votre oncle?
—Changer les idées de l'oncle Kéraban! répondit Ahmet. Autant vaudrait essayer de changer le cours des astres, faire lever la lune à la place du soleil, modifier les lois du ciel!
—Ah! si j'étais sa nièce! dit Nedjeb.
—Et que ferais-tu, si tu étais sa nièce? demanda Ahmet.
—Moi!… J'irais si bien le saisir par son cafetan, répondit la jeune
Zingare, que…
—Que tu déchirerais son cafetan, Nebjeb, et rien de plus!
—Eh bien, je le tirerais si vigoureusement par sa barbe….