—Moi! … lui céder! … jamais!» s'écria Kéraban.

Et, prenant la tête du baudet par les oreilles, puis, les secouant comme s'il eût voulu les arracher:

«Marcheras-tu?» s'écria-t-il. L'âne ne bougea pas.

«Ah! tu ne veux pas m'obéir! … dit Kéraban. Eh bien, je saurai t'y forcer quand même.»

Et voilà Kéraban courant à l'entrée de la caverne, et y ramassant quelques poignées d'herbe sèche, dont il fit une petite botte qu'il présenta à l'âne. Celui-ci fit un pas en avant.

«Ah! ah! s'écria Kéraban, il faut cela pour te décidera marcher!… Eh bien, par Mahomet, tu marcheras!»

Un instant après, cette petite botte d'herbe était attachée à l'extrémité des brancards de la charrette, mais a une distance suffisante pour que l'âne, même en allongeant la tête, ne put l'atteindre. Il arriva donc ceci: c'est que l'animal, sollicité par cet appât qui allait toujours se déplacer en avant de lui, se décida à marcher dans la direction de la passe.

«Très ingénieux! dit Van Mitten.

—Eh bien, imitez-le!» s'écria la noble Saraboul, en l'entraînant à la suite de la charrette.

Elle aussi, c'était un appât qui se déplaçait, mais un appât que Van Mitten, en cela bien différent de l'âne, redoutait surtout d'atteindre!