«La mer! … La mer! … ne cessait de répéter le seigneur Kéraban. Mais, si ce n'est pas le Bosphore, si ce n'est pas Scutari, nous sommes au dernier jour du mois, et….
—C'est le Bosphore! … C'est Scutari! …» s'écria Ahmet.
Le phénomène venait de s'accentuer, et, maintenant, toute la silhouette d'une ville, bâtie en amphithéâtre, se découpait sur les derniers plans de l'horizon.
«Par Allah! c'est Scutari! répéta Kéraban. Voilà son panorama qui domine le détroit! … Voilà la mosquée de Buyuk Djami!»
Et, en effet, c'était bien Scutari, que Sélim venait de quitter trois heures auparavant.
«En route, en route!» s'écria Kéraban.
Et, comme un bon Musulman qui, en toutes choses, reconnaît la grandeur de Dieu:
«Ilah il Allah!» ajouta-t-il en se tournant vers le soleil levant.
Un instant après, la petite caravane s'élançait vers la route qui longe la rive gauche du détroit. Quatre heures après, à cette date du 30 septembre,—dernier jour fixé pour la célébration du mariage d'Amasia et d'Ahmet,—le seigneur Kéraban, ses compagnons et son âne, après avoir achevé ce tour de la mer Noire, apparaissaient sur les hauteurs de Scutari et saluaient de leurs acclamations les rives du Bosphore.