Il en fut d'Artachen comme de Witse et d'Archawa. On y relaya à trois heures du soir; on en repartit à quatre; mais, sur une sérieuse mise en demeure de Bruno, qui ne lui permettait plus de temporiser, son maître s'engagea à faire sa demande, avant d'arriver à la bourgade d'Atina, où il avait été convenu que l'on passerait la nuit. Il y avait cinq lieues à enlever pour atteindre cette bourgade,—ce qui porterait à une quinzaine de lieues le parcours fait dans cette journée. En vérité, ce n'était pas mal pour une simple charrette; mais la pluie, qui menaçait de tomber, allait la retarder, sans doute, en rendant la route peu praticable.

Ahmet ne voyait pas sans inquiétude la période du mauvais temps s'accuser avec cette obstination. Les nuages orageux grossissaient au large. L'atmosphère alourdie rendait la respiration difficile. Très certainement, dans la nuit ou le soir, un orage éclaterait en mer. Après les premiers coups de foudre, l'espace, profondément troublé par les décharges électriques, serait balayé à coups de bourrasque, et la bourrasque ne se déchaînerait pas sans que les vapeurs ne se résolussent en pluie.

Or, trois voyageurs, c'était tout ce que pouvait contenir l'araba. Ni Ahmet, ni Nizib ne pourraient chercher un abri sous sa toile, qui, d'ailleurs, ne résisterait peut-être pas aux assauts de la tourmente. Donc pour les cavaliers aussi bien que pour les autres, il y avait urgence à gagner la prochaine bourgade.

Deux ou trois fois, le seigneur Kéraban passa la tête hors de la bâche et regarda le ciel, qui se chargeait de plus en plus.

«Du mauvais temps? fit-il.

—Oui, mon oncle, répondit Ahmet. Puissions-nous arriver au relais avant que l'orage n'éclate!

—Dès que la pluie commencera à tomber, reprit Kéraban, tu nous rejoindras dans la charrette.

—Et qui me cédera sa place?

—Bruno! Ce brave garçon prendra ton cheval….

—Certainement,» ajouta vivement Van Mitten, qui aurait eu mauvaise grâce à refuser … pour son fidèle serviteur.