Sur les quais d'un port où la douane exerce son office, il y a toujours quelques-unes de ces larges balances, sur les plateaux desquelles un homme peut se peser à l'aise.

Bruno ne fut donc point embarrassé à ce sujet. Moyennant quelques kopeks, les préposés se prêtèrent à sa fantaisie. On mit un poids respectable sur un des plateaux d'une balance, et Bruno, non sans quelque secrète inquiétude, monta sur l'autre. A son grand déplaisir, le plateau qui supportait le poids, resta adhérent au sol. Bruno, quelque effort qu'il fit pour s'alourdir,—peut-être croyait-il qu'il y réussirait en se gonflant,—ne parvint même pas à l'enlever.

«Diable! dit-il, voilà ce que je craignais!»

Un poids un peu moins fort fut posé sur le plateau à la place du premier…. Le plateau ne bougea pas davantage.

«Est-il possible!» s'écria Bruno, qui sentit tout son sang lui refluer au coeur.

En ce moment, son regard s'arrêta sur une bonne figure, toute empreinte de bienveillance à son égard.

«Mon maître!» s'écria-t-il.

C'était Van Mitten, en effet, que les hasards de sa promenade venaient de conduire sur le quai, précisément à l'endroit où les préposés opéraient pour le compte de son serviteur.

«Mon maître, répéta Bruno, vous ici?

—Moi-même, répondit Van Mitten. Je vois avec plaisir que tu es en train de….