—Je le crois bien, répondit Benito en riant, plus de quinze cents habitants, au moins deux cents maisons, dont quelques-unes ont un étage, et deux ou trois rues, de véritables rues, qui les séparent!

—Mon cher Manoel, dit Minha, défendez-nous contre mon frère! Il se moque de nous, parce qu'il a déjà visité de plus belles villes dans la province des Amazones et du Para!

—Eh bien, il se moquera aussi de sa mère, ajouta Yaquita, parce que j'avoue que je n'avais jamais rien vu de pareil!

—Alors, prenez garde, ma mère et ma soeur, reprit Benito, car vous allez tomber en extase, quand vous serez à Manao, et vous vous évanouirez, lorsque vous arriverez à Bélem!

—Ne crains rien! répondit en souriant Manoel. Ces dames auront été peu à peu préparées à ces grandes admirations, en visitant les premières cités du Haut-Amazone.

—Comment, vous aussi, Manoel, dit Minha, vous parlez comme mon frère? Vous vous moquez?…

—Non, Minha! je vous jure…

—Laissons rire ces messieurs, répondit Lina, et regardons bien, ma chère maîtresse, car cela est très beau!»

Très beau! Une agglomération de maisons, bâties en terre ou blanchies à la chaux, et pour la plupart, couvertes de chaume ou de feuilles de palmiers, quelques-unes, il est vrai, construites en pierres ou en bois, avec des vérandas, des portes et des volets peints d'un vert cru au milieu d'un petit verger plein d'orangers en fleur. Mais il y avait deux on trois bâtiments civils, une caserne et une église, dédiée à sainte Thérèse, qui était une cathédrale près de la modeste chapelle d'Iquitos.

Puis, en se retournant vers le lac, on saisissait du regard un joli panorama encadré dans une bordure de cocotiers et d'assaïs, qui se terminait aux premières eaux de la nappe liquide, et au-delà, à trois lieues de l'autre côté, le pittoresque village de Nogueira montrait ses quelques maisonnettes perdues dans le massif des vieux oliviers de sa grève.