Mais, pour ces deux jeunes filles, il y eut une autre cause d'émerveillement,—émerveillement tout féminin, d'ailleurs: ce furent les modes des élégantes Egiennes, non pas l'habillement assez primitif encore des indigènes du beau sexe, Omaas ou Muras converties, mais le costume des vraies Brésiliennes! Oui, les femmes, les filles des fonctionnaires on des principaux négociants de la ville portaient prétentieusement des toilettes parisiennes, passablement arriérées, et cela, à cinq cents lieues de Para, qui est lui-même à plusieurs milliers de milles de Paris.

«Mais voyez donc, regardez donc, maîtresse, ces belles dames dans leurs belles robes!

Lina en deviendra folle! s'écria Benito.

—Ces toilettes, si elles étaient bien portées, répondit Minha, ne seraient peut-être pas aussi ridicules!

—Ma chère Minha, dit Manoel, avec votre simple robe de cotonnade, votre chapeau de paille, croyez bien que vous êtes mieux habillée que toutes ces Brésiliennes, coiffées de toques et drapées de jupes à volants, qui ne sont ni de leur pays ni de leur race!

—Si je vous plais ainsi, répondit la jeune fille, je n'ai rien à envier à personne!»

Mais, enfin, on était venu pour voir. On se promena donc dans les rues, qui comptaient plus d'échoppes que de magasins; on flâna sur la place, rendez-vous des élégants et des élégantes, qui étouffaient sous leurs vêtements européens; on déjeuna même dans un hôtel,—c'était à peine une auberge—, dont la cuisine fit sensiblement regretter l'excellent ordinaire de la jangada.

Après le dîner, dans lequel figura uniquement de la chair de tortue, diversement accommodée, la famille Garral vint une dernière fois admirer les bords du lac, que le soleil couchant dorait de ses rayons; puis, elle regagna la pirogue, un peu désillusionnée, peut-être, sur les magnificences d'une ville qu'une heure eût suffi à visiter, un peu fatiguée aussi de sa promenade à travers ces rues échauffées, qui ne valaient pas les sentiers ombreux d'Iquitos. Il n'était pas jusqu'à la curieuse Lina elle-même, dont l'enthousiasme n'eût quelque peu baissé.

Chacun reprit sa place dans la pirogue. Le vent s'était maintenu au nord-ouest et fraîchissait avec le soir. La voile fut hissée. On refit la route du matin sur ce lac alimenté par le rio Teffé aux eaux noires, qui, suivant les Indiens, serait navigable vers le sud-ouest pendant quarante jours de marche. À huit heures du soir, la pirogue avait rallié le lieu du mouillage et accostait la jangada.

Dès que Lina put prendre Fragoso à l'écart: