Le singe en fit autant en arrière; mais, cette fois, au lieu de s'enfoncer plus profondément dans la forêt, il s'arrêta au pied d'un énorme ficus,—cet arbre dont les échantillons variés sont si nombreux dans tout le bassin du Haut-Amazone.
Saisir le tronc de ses quatre mains, grimper avec l'agilité d'un clown qui serait un singe, s'accrocher avec sa queue prenante aux premières branches étendues horizontalement à quarante pieds au-dessus du sol, puis se hisser à la cime de l'arbre, jusqu'au point où ses derniers rameaux fléchissaient sous lui, ce ne fut qu'un jeu pour l'agile guariba et l'affaire de quelques instants.
Là, installé tout à son aise, il continua son repas interrompu en cueillant les fruits qui se trouvaient à la portée de sa main. Certes, Torrès aurait eu, lui aussi, grand besoin de boire et de manger, mais impossible! Sa musette était plate, sa gourde était vide!
Cependant, au lieu de revenir sur ses pas, il se dirigea vers l'arbre, bien que la situation prise par le singe fût encore plus défavorable pour lui. Il ne pouvait songer un instant à grimper aux branches de ce ficus, que son voleur aurait eu vite fait d'abandonner pour un autre.
Et toujours l'insaisissable étui de résonner à son oreille!
Aussi, dans sa fureur, dans sa folie, Torrès apostropha-t-il le guariba. Dire de quelle série d'invectives il le gratifia, serait impossible. N'alla-t-il pas jusqu'à le traiter, non seulement de métis, ce qui est déjà une grave injure dans la bouche d'un Brésilien de race blanche, mais encore de «curiboca», c'est-à-dire de métis, de nègre et d'Indien! Or, de toutes les insultes qu'un homme puisse adresser à un autre, il n'en est certainement pas de plus cruelle sous cette latitude équatoriale.
Mais le singe, qui n'était qu'un simple quadrumane, se moquait de tout ce qui eût révolté un représentant de l'espèce humaine.
Alors Torrès recommença à lui jeter des pierres, des morceaux de racines, tout ce qui pouvait lui servir de projectiles. Avait-il donc l'espoir de blesser grièvement le singe? Non! Il ne savait plus ce qu'il faisait. À vrai dire, la rage de son impuissance lui ôtait toute raison. Peut-être espéra-t-il un instant que, dans un mouvement que ferait le guariba pour passer d'une branche à une autre, l'étui lui échapperait, voire même que, pour ne pas demeurer en reste avec son agresseur, il s'aviserait de le lui lancer à la tête! Mais non! Le singe tenait à conserver l'étui, et tout en le serrant d'une main, il lui en restait encore trois pour se mouvoir.
Torrès, désespéré, allait définitivement abandonner la partie et revenir vers l'Amazone, lorsqu'un bruit de voix se fit entendre. Oui! un bruit de voix humaines.
On parlait à une vingtaine de pas de l'endroit où s'était arrêté le capitaine des bois.