«Mille diables! dit-il, quand je poursuivais les nègres marrons à travers les halliers, ils me donnaient moins de peine! Mais je l'attraperai, ce singe maudit; j'irai, oui! j'irai, tant que mes jambes pourront me porter, et nous verrons!…»

Le guariba était resté immobile, en voyant que l'aventurier avait cessé de le poursuivre. Il se reposait, lui aussi, bien qu'il fût loin d'être arrivé à ce degré d'épuisement qui interdisait tout mouvement à Torrès.

Il resta ainsi pendant dix minutes, grignotant deux ou trois racines qu'il venait d'arracher à fleur de terre, et il faisait de temps en temps tinter l'étui à son oreille.

Torrès, exaspéré, lui jeta des pierres qui l'atteignirent, mais sans lui faire grand mal à cette distance.

Il fallait pourtant prendre un parti. D'une part, continuer à poursuivre le singe avec si peu de chances de pouvoir l'atteindre, cela devenait insensé; de l'autre, accepter pour définitive cette réplique du hasard à toutes ses combinaisons, être non seulement vaincu, mais déçu et mystifié par un sot animal, c'était désespérant.

Et cependant, Torrès devait le reconnaître, lorsque la nuit serait venue, le voleur disparaîtrait sans peine, et lui, le volé, serait embarrassé même de retrouver son chemin à travers cette épaisse forêt. En effet, la poursuite l'avait entraîné à plusieurs milles des berges du fleuve, et il lui serait déjà malaisé d'y revenir.

Torrès hésita, il tâcha de résumer ses idées avec sang-froid, et, finalement, après avoir proféré une dernière imprécation, il allait abandonner toute idée de rentrer en possession de son étui, quand, songeant encore, en dépit de sa volonté, à ce document, à tout cet avenir échafaudé sur l'usage qu'il en comptait faire, il se dit qu'il se devait de tenter un dernier effort.

Il se releva donc.

Le guariba se releva aussi.

Il fit quelques pas en avant.