«Mille diables!» s'écria-t-il.

Et cette fois, voulant, coûte que coûte, reprendre son étui,
Torrès s'élança à la poursuite du guariba.

Il ne se dissimulait pas que d'atteindre cet agile animal ce n'était pas facile. Sur le sol, il s'enfuirait trop vite; dans les branches, il s'enfuirait trop haut. Un coup de fusil bien ajusté aurait seul pu l'arrêter dans sa course ou dans son vol; mais Torrès ne possédait aucune arme à feu. Son sabre-poignard et sa houe n'auraient eu raison du guariba qu'à la condition de pouvoir l'en frapper.

Il devint bientôt évident que le singe ne pourrait être atteint que par surprise. De là, nécessité pour Torrès de ruser avec le malicieux animal. S'arrêter, se cacher derrière quelque tronc d'arbre, disparaître sous un fourré, inciter le guariba, soit à s'arrêter, soit à revenir sur ses pas, il n'y avait pas autre chose à tenter. C'est ce que fit Torrès, et la poursuite commença dans ces conditions; mais, lorsque le capitaine des bois disparaissait, le singe attendait patiemment qu'il reparût, et, à ce manège, Torrès se fatiguait sans résultat.

«Damné guariba! s'écria-t-il bientôt. Je n'en viendrai jamais à bout, et il peut me reconduire ainsi jusqu'à la frontière brésilienne! Si encore il lâchait mon étui! Mais non! Le tintement des pièces d'or l'amuse! Ah! voleur! si je parviens à t'empoigner!…»

Et Torrès de reprendre sa poursuite, et le singe de détaler avec une nouvelle ardeur!

Une heure se passa dans ces conditions, sans amener aucun résultat. Torrès y mettait un entêtement bien naturel. Comment, sans ce document, pourrait-il battre monnaie?

La colère prenait alors Torrès. Il jurait, il frappait la terre du pied, il menaçait le guariba. La taquine bête ne lui répondait que par un ricanement bien fait pour le mettre hors de lui.

Et alors Torrès se remettait à le poursuivre. Il courait à perdre haleine, s'embarrassant dans ces hautes herbes, ces épaisses broussailles, ces lianes entrelacées, à travers lesquelles le guariba passait comme un coureur de steeple-chase. De grosses racines cachées sous les herbes barraient parfois les sentiers. Il buttait, il se relevait. Enfin il se surprit à crier: «À moi! à moi! au voleur!» comme s'il eût pu se faire entendre.

Bientôt, à bout de forces, et la respiration lui manquant, il fut obligé de s'arrêter.