En outre, ce serait comme le dîner de fiançailles de Fragoso et de la charmante Lina. Celui de Manoel et de Minha avait eu lieu à la fazenda d'Iquitos, quelques semaines auparavant. Après le jeune maître et la jeune maîtresse, c'était le tour de ce fidèle couple, auquel les attachaient tant de liens de reconnaissance!

Aussi, au milieu de cette honnête famille, Lina, qui devait rester au service de sa maîtresse, Fragoso, qui allait entrer au service de Manoel Valdez, s'assirent-ils à la table commune, et même à la place d'honneur, qui leur fut réservée.

Torrès assistait naturellement à ce dîner, digne de l'office et de la cuisine de la jangada.

L'aventurier, assis en face de Joam Garral, toujours taciturne, écouta ce qui se disait beaucoup plus qu'il ne prit part à la conversation. Benito, sans en avoir l'air, l'observait attentivement. Les regards de Torrès, constamment attachés sur son père, avaient un éclat singulier. On eût dit ceux d'un fauve, cherchant à fasciner sa proie, avant de se jeter sur elle.

Manoel, lui, causait le plus souvent avec la jeune fille.

Entre temps, ses yeux se portaient aussi sur Torrès; mais, en somme, mieux que Benito, il avait pris son parti d'une situation qui, si elle ne finissait pas à Manao, finirait certainement à Bélem.

Le dîner fut assez gai. Lina l'anima de sa bonne humeur, Fragoso de ses joyeuses reparties. Le padre Passanha regardait gaiement tout ce petit monde qu'il chérissait, et ces deux jeunes couples que sa main devait bientôt bénir dans les eaux du Para.

«Mangez bien, padre, dit Benito, qui finit par se mêler à la conversation générale, faites honneur à ce repas de fiançailles! Il vous faudra des forces pour célébrer tant de mariages à la fois!

—Eh! mon cher enfant, répondit le padre Passanha, trouve-nous une belle et honnête jeune fille qui veuille de toi, et tu verras si je ne suffirai pas à vous marier encore tous deux!

—Bien répondu! padre, s'écria Manoel. Buvons au prochain mariage de Benito!