—Et si je ne l'avais pas eue, s'écria Fragoso, il ne serait pas venu une charmante petite femme qui… Allons, décidément, Dieu fait bien ce qu'il fait!
—Vous le voyez, Fragoso, répondit Minha, puisqu'il vous marie avec ma petite Lina! Diamant pour diamant, vous ne perdrez pas au change!
—Comment donc, mademoiselle Minha, s'écria galamment Fragoso, mais j'y gagne!» Torrès, sans doute, ne voulait pas laisser tomber ce sujet de conversation, car il reprit la parole:
«En vérité, dit-il, il y a eu à Tijuco des fortunes subites, qui ont dû faire tourner bien des têtes! N'avez-vous pas entendu parler de ce fameux diamant d'Abaete, dont la valeur a été estimée à plus de deux millions de cantos de reis[13]. Eh bien, ce sont les mines du Brésil qui l'ont produit, ce caillou qui pesait une once! Et ce sont trois condamnés,—oui! trois condamnés à un exil perpétuel—, qui le trouvèrent par hasard dans la rivière d'Abaete, à quatre-vingt-dix lieues du Serro do Frio!
Du coup, leur fortune fut faite? demanda Fragoso.
—Eh non! répondit Torrès. Le diamant fut remis au gouverneur général des mines. La valeur de la pierre ayant été reconnue, le roi Jean VI de Portugal la fit percer, et il la portait à son cou dans les grandes cérémonies. Quant aux condamnés, ils obtinrent leur grâce, mais ce fut tout, et de plus habiles auraient tiré de là de bonnes rentes!
—Vous sans doute? dit très sèchement Benito.
—Oui… moi!… Pourquoi pas? répondit Torrès. Est-ce que vous avez jamais visité le district diamantin? ajouta-t-il, en s'adressant à Joam Garral, cette fois.
Jamais, répondit Joam en regardant Torrès.
—Cela est regrettable, reprit celui-ci, et vous devriez faire un jour ce voyage. C'est fort curieux, je vous assure! Le district des diamants est une enclave dans le vaste empire du Brésil, quelque chose comme un parc de douze lieues de circonférence, et qui, par la nature du sol, sa végétation, ses terrains sablonneux enfermés dans un cirque de montagnes, est très différent de la province environnante. Mais, comme je vous l'ai dit, c'est l'endroit le plus riche du monde, puisque, de 1807 à 1817, la production annuelle a été de dix-huit mille carats[14] environ. Ah! il y avait de beaux coups à faire, non seulement pour les grimpeurs qui cherchaient la pierre précieuse jusque sur la cime des montagnes, mais aussi pour les contrebandiers qui la passaient en fraude! Maintenant, l'exploitation est moins aisée, et les deux mille noirs, employés au travail des mines par le gouvernement, sont obligés de détourner des cours d'eau pour en extraire le sable diamantin. Autrefois, c'était plus commode!