—Vous êtes donc le premier coupable!

—Et le premier puni, mademoiselle Lina, puisque je ne vous ai pas entendue rire au dessert!»

Toute la famille se dirigeait alors vers l'avant de la jangada. Manoel et Benito marchaient l'un près de l'autre, sans se parler. Yaquita et sa fille les suivaient, silencieuses aussi, et tous ressentaient une inexplicable impression de tristesse, comme s'ils eussent pressenti quelque grave éventualité.

Torrès se tenait auprès de Joam Garral, qui, la tête inclinée, semblait profondément abîmé dans ses réflexions, et, à ce moment, lui mettant la main sur l'épaule:

«Joam Garral, lui dit-il, pourrais-je avoir avec vous un quart d'heure d'entretien?» Joam Garral regarda Torrès. «Ici? répondit-il.

Non! en particulier!

Venez donc!» Tous deux retournèrent vers la maison, y rentrèrent, et la porte se referma sur eux.

Il serait difficile de dépeindre ce que chacun éprouva, lorsque Joam Garral et Torrès eurent quitté la place. Que pouvait-il y avoir de commun entre cet aventurier et l'honnête fazender d'Iquitos? Il y avait comme la menace d'un épouvantable malheur suspendu sur toute cette famille, et personne n'osait s'interroger.

«Manoel, dit Benito, en saisissant le bras de son ami qu'il entraîna, quoi qu'il arrive, cet homme débarquera demain à Manao!

Oui!… il le faut!… répondit Manoel.