Et si par lui… oui! par lui, quelque malheur arrive à mon père… je le tuerai!»
CHAPITRE VINGTIÈME ENTRE CES DEUX HOMMES
Depuis un instant, seuls dans cette chambre où personne ne pouvait ni les entendre ni les voir, Joam Garral et Torrès se regardaient, sans prononcer un seul mot. L'aventurier hésitait-il donc à parler? Comprenait-il que Joam Garral ne répondrait que par un silence dédaigneux aux demandes qui lui seraient faites?
Oui, sans doute! Aussi, Torrès n'interrogea-t-il pas. Au début de cette conversation, il fut affirmatif, il prit le rôle d'un accusateur.
«Joam, dit-il, vous ne vous appelez pas Garral, vous vous appelez
Dacosta.»
À ce nom criminel que lui donnait Torrès, Joam Garral ne put retenir un léger frémissement, mais il ne répondit rien.
«Vous êtes Joam Dacosta, reprit Torrès, employé, il y a vingt-trois ans, dans les bureaux du gouverneur général de Tijuco, et c'est vous qui avez été condamné dans cette affaire de vol et d'assassinat!»
Nulle réponse de Joam Garral, dont le calme étrange avait lieu de surprendre l'aventurier. Celui-ci se trompait-il donc en accusant son hôte? Non! puisque Joam Garral ne bondissait pas devant ces terribles accusations. Sans doute, il se demandait où en voulait venir Torrès.
«Joam Dacosta, reprit celui-ci, je le répète, c'est vous qui avez été poursuivi dans l'affaire des diamants, convaincu du crime, condamné à mort, et c'est vous qui vous êtes échappé de la prison de Villa-Rica, quelques heures avant l'exécution! Répondrez-vous?»
Un assez long silence suivit cette demande directe que venait de faire Torrès. Joam Garral, toujours calme, était allé s'asseoir. Son coude reposait sur une petite table, et il regardait fixement son accusateur, sans baisser la tête.