Il faut bien l'avouer cependant, le fait d'un contumax heureux et en sûreté à l'étranger, quittant tout, bénévolement, pour affronter la justice que son passé devait lui avoir appris à redouter, c'était là un cas curieux, rare, qui devait intéresser même un magistrat blasé sur toutes les péripéties d'un débat judiciaire. Était-ce de la part du condamné de Tijuco, fatigué de la vie, effrontée sottise ou élan d'une conscience qui veut à tout prix avoir raison d'une iniquité? Le problème était étrange, on en conviendra.

Le lendemain de l'arrestation de Joam Dacosta, le juge Jarriquez se transporta donc à la prison de la rue de Dieu-le-Fils, où le prisonnier avait été enfermé.

Cette prison était un ancien couvent de missionnaires, élevé sur le bord de l'un des principaux iguarapés de la ville. Aux détenus volontaires d'autrefois avaient succédé dans cet édifice, peu approprié à sa nouvelle destination, les prisonniers malgré eux d'aujourd'hui. La chambre occupée par Joam Dacosta, n'était donc point une de ces tristes cellules que comporte le système pénitentiaire moderne. Une ancienne chambre de moine, avec une fenêtre, sans abat-jour, mais grillée, s'ouvrant sur un terrain vague, un banc dans un coin, une sorte de grabat dans l'autre, quelques ustensiles grossiers, rien de plus.

Ce fut de cette chambre que, ce jour-là 25 août, Joam Dacosta fut extrait vers onze heures du matin, et amené au cabinet des interrogatoires, disposé dans l'ancienne salle commune du couvent.

Le juge Jarriquez était là, devant son bureau, juché sur sa haute chaise, le dos tourné à la fenêtre, afin que sa figure demeurât dans l'ombre, tandis que celle du prévenu resterait en pleine lumière. Son greffier avait pris place à un bout de la table, la plume à l'oreille, avec l'indifférence qui caractérise ces gens de justice, prêt à consigner les demandes et les réponses.

Joam Dacosta fut introduit dans le cabinet, et, sur un signe du magistrat, les gardes qui l'avaient amené se retirèrent.

Le juge Jarriquez regarda longuement l'accusé. Celui-ci s'était incliné devant lui et gardait une attitude convenable, ni impudente, ni humble, attendant avec dignité que des demandes lui fussent posées pour y répondre.

«Votre nom? dit le juge Jarriquez.

—Joam Dacosta.

—Votre âge?