Un grave incident hâta la solution.

Magalhaës, un jour, en dirigeant une coupe, fut mortellement blessé par la chute d'un arbre. Rapporté presque sans mouvement à la ferme et se sentant perdu, il releva Yaquita qui pleurait à son côté, il lui prit la main, il la mit dans celle de Joam Garral en lui faisant jurer de la prendre pour femme.

«Tu as refait ma fortune, dit-il, et je ne mourrai tranquille que si, par cette union, je sens l'avenir de ma fille assuré!

Je puis rester son serviteur dévoué, son frère, son protecteur, sans être son époux, avait d'abord répondu Joam Garral. Je vous dois tout, Magalhaës, je ne l'oublierai jamais, et le prix dont vous voulez payer mes efforts dépasse leur mérite!»

Le vieillard avait insisté. La mort ne lui permettait pas d'attendre, il exigea une promesse, qui lui fut faite.

Yaquita avait vingt-deux ans alors, Joam en avait vingt-six. Tous deux s'aimaient, et ils se marièrent quelques heures avant la mort de Magalhaës, qui eut encore la force de bénir leur union.

Ce fut par suite de ces circonstances qu'en 1830 Joam Garral devint le nouveau fazender d'Iquitos, à l'extrême satisfaction de tous ceux qui composaient le personnel de la ferme.

La prospérité de l'établissement ne pouvait que s'accroître de ces deux intelligences réunies en un seul coeur. Un an après son mariage, Yaquita donna un fils à son mari, et deux ans après, une fille. Benito et Minha, les petits-enfants du vieux Portugais, devaient être dignes de leur grand-père, les enfants, dignes de Joam et Yaquita.

La jeune fille devint charmante. Elle ne quitta point la fazenda. Élevée dans ce milieu pur et sain, au milieu de cette belle nature des régions tropicales, l'éducation que lui donna sa mère, l'instruction qu'elle reçut de son père, lui suffirent. Qu'aurait-elle été apprendre de plus dans un couvent de Manao ou de Bélem? Où aurait-elle trouvé de meilleurs exemples de toutes les vertus privées? Son esprit et son coeur se seraient-ils plus délicatement formés loin de la maison paternelle? Si la destinée ne lui réservait pas de succéder à sa mère dans l'administration de la fazenda, elle saurait être à la hauteur de n'importe quelle situation à venir.

Quant à Benito, ce fut autre chose. Son père voulut avec raison qu'il reçût une éducation aussi solide et aussi complète qu'on la donnait alors dans les grandes villes du Brésil. Déjà, le riche fazender n'avait rien à se refuser pour son fils. Benito possédait d'heureuses dispositions, un cerveau ouvert, une intelligence vive, des qualités de coeur égales à celles de son esprit. À l'âge de douze ans, il fut envoyé au Para, à Bélem, et là, sous la direction d'excellents professeurs, il trouva les éléments d'une éducation qui devait en faire plus tard un homme distingué. Rien dans les lettres, ni dans les sciences, ni dans les arts, ne lui fut étranger. Il s'instruisit comme si la fortune de son père ne lui eût pas permis de rester oisif. Il n'était pas de ceux qui s'imaginent que la richesse dispense du travail, mais de ces vaillants esprits, fermes et droits, qui croient que nul ne doit se soustraire à cette obligation naturelle, s'il veut être digne du nom d'homme.