Les ubas et les pirogues, se divisant la besogne, limitèrent donc le champ des recherches à l'extrême périmètre du remous, et, de la circonférence au centre, les longues gaffes de l'équipe n'en laissèrent pas un seul point inexploré.
Mais aucun sondage ne permit de retrouver le corps de l'aventurier, ni dans le fouillis des roseaux ni sur le fond du lit, dont la pente fut alors étudiée avec soin.
Deux heures après le commencement de ce travail, on fut amené à reconnaître que le corps, ayant sans doute heurté le talus, avait dû tomber obliquement, et rouler hors des limites de ce remous, où l'action du courant commençait à se faire sentir.
«Mais il n'y a pas lieu de désespérer, dit Manoel, encore moins de renoncer à nos recherches!
—Faudra-t-il donc, s'écria Benito, fouiller le fleuve dans toute sa largeur et dans toute sa longueur?
—Dans toute sa largeur, peut-être, répondit Araujo. Dans toute sa longueur, non!… heureusement!
—Et pourquoi? demanda Manoel.
—Parce que l'Amazone, à un mille en aval de son confluent avec le rio Negro, fait un coude très prononcé, en même temps que le fond de son lit remonte brusquement. Il y a donc là comme une sorte de barrage naturel, bien connu des mariniers sous le nom de barrage de Frias, que les objets flottant à sa surface peuvent seuls franchir. Mais, s'il s'agit de ceux que le courant roule entre deux eaux, il leur est impossible de dépasser le talus de cette dépression!»
C'était là, on en conviendra, une circonstance heureuse, si Araujo ne se trompait pas. Mais, en somme, on devait se fier à ce vieux pratique de l'Amazone. Depuis trente ans qu'il faisait le métier de pilote, la passe du barrage de Frias, où le courant s'accentuait en raison de son resserrement, lui avait souvent donné bien du mal. L'étroitesse du chenal, la hauteur du fond, rendaient cette passe fort difficile, et plus d'un train de bois s'y était trouvé en détresse.
Donc, Araujo avait raison de dire que, si le corps de Torrès était encore maintenu par sa pesanteur spécifique sur le fond sablonneux du lit, il ne pouvait avoir été entraîné au-delà du barrage. Il est vrai que plus tard, lorsque, par suite de l'expansion des gaz, il remonterait à la surface, nul doute qu'il ne prît alors le fil du courant et n'allât irrémédiablement se perdre, en aval, hors de la passe. Mais cet effet purement physique ne devait pas se produire avant quelques jours.