La première,—question de vie ou de mort—, c'est que cette preuve de l'innocence de Joam Dacosta, il importait qu'elle fût produite avant qu'un ordre arrivât de Rio de Janeiro. En effet, cet ordre, l'identité du condamné étant établie, ne pouvait être qu'un ordre d'exécution.
La seconde, c'est qu'il fallait ne laisser le corps de Torrès séjourner dans l'eau que le moins de temps possible, afin de retrouver intact l'étui et ce qu'il pouvait contenir.
Araujo fit preuve, en cette conjoncture, non seulement de zèle et d'intelligence, mais aussi d'une parfaite connaissance de l'état du fleuve, à son confluent avec le rio Negro.
«Si Torrès, dit-il aux deux jeunes gens, a été tout d'abord entraîné par le courant, il faudra draguer le fleuve sur un bien long espace, car d'attendre que son corps reparaisse à la surface par l'effet de la décomposition, cela demanderait plusieurs jours.
—Nous ne le pouvons pas, répondit Manoel, et il faut qu'aujourd'hui même nous ayons réussi!
—Si, au contraire, reprit le pilote, ce corps est resté pris dans les herbes et les roseaux, au bas de la berge, nous ne serons pas une heure sans l'avoir retrouvé.
À l'oeuvre donc!» répondit Benito.
Il n'y avait pas d'autre manière d'opérer. Les embarcations s'approchèrent de la berge, et les Indiens, munis de longues gaffes, commencèrent à sonder toutes les parties du fleuve, à l'aplomb de cette rive, dont le plateau avait servi de lieu de combat.
L'endroit, d'ailleurs, avait pu être facilement reconnu. Une traînée de sang tachait le talus dans sa partie crayeuse, qui s'abaissait perpendiculairement jusqu'à la surface du fleuve. Là, de nombreuses gouttelettes, éparses sur les roseaux, indiquaient la place même où le cadavre avait disparu.
Une pointe de la rive, se dessinant à une cinquantaine de pieds en aval, retenait les eaux immobiles dans une sorte de remous, comme dans une large cuvette. Nul courant ne se propageait au pied de la grève, et les roseaux s'y maintenaient normalement dans une rigidité absolue. On pouvait donc espérer que le corps de Torrès n'avait pas été entraîné en pleine eau. D'ailleurs, au cas où le lit du fleuve aurait accusé une déclivité suffisante, tout au plus aurait-il pu glisser à quelques toises du talus, et là encore aucun fil de courant ne se faisait sentir.