Bien que ce récit fût de nature à corroborer tout ce que lui avait dit Joam Dacosta au sujet de Torrès et du marché que celui-ci lui avait offert, le juge Jarriquez ne put retenir un sourire d'incrédulité.

«Voici l'étui, monsieur, dit Manoel. Pas un seul instant il n'a été entre nos mains, et l'homme qui vous le présente est celui-là même qui l'a trouvé sur le corps de Torrès!»

Le magistrat saisit l'étui, il l'examina avec soin, le tournant et le retournant comme il eût fait d'un objet précieux. Puis il l'agita, et quelques pièces, qui se trouvaient à l'intérieur, rendirent un son métallique.

Cet étui ne contenait-il donc pas le document tant cherché, ce papier écrit de la main du véritable auteur du crime, et que Torrès avait voulu vendre à un prix indigne à Joam Dacosta? Cette preuve matérielle de l'innocence du condamné était-elle irrémédiablement perdue?

On devine aisément à quelle violente émotion étaient en proie les spectateurs de cette scène. Benito pouvait à peine proférer une parole, il sentait son coeur prêt à se briser.

«Ouvrez donc, monsieur, ouvrez donc cet étui!» s'écria-t-il enfin d'une voix brisée.

Le juge Jarriquez commença à dévisser le couvercle; puis, quand ce couvercle eut été enlevé, il renversa l'étui d'où s'échappèrent, en roulant sur la table, quelques pièces d'or.

«Mais le papier!… le papier!…» s'écria encore une fois Benito, qui se retenait à la table pour ne pas tomber.

Le magistrat introduisit ses doigts dans l'étui, et en retira, non sans quelque difficulté, un papier jauni, plié avec soin, et que l'eau paraissait avoir respecté.

«Le document! c'est le document! s'écria Fragoso. Oui! c'est bien là le papier que j'ai vu entre les mains de Torrès!»