Là, Yaquita fut aussitôt mise au courant des nouveaux incidents qui s'étaient produits depuis la veille, la réapparition du corps de Torrès, la découverte du document et l'étrange forme sous laquelle le vrai coupable de l'attentat, le compagnon de l'aventurier, avait cru devoir l'écrire, sans doute pour qu'il ne le compromît pas, au cas où il serait tombé entre des mains étrangères.
Naturellement Lina fut également instruite de cette inattendue complication et de la découverte qu'avait faite Fragoso, que Torrès était un ancien capitaine des bois, appartenant à cette milice qui opérait aux environs des bouches de la Madeira.
«Mais dans quelles circonstances l'avez-vous donc rencontré? demanda la jeune mulâtresse.
—C'était pendant une de mes courses à travers la province des Amazones, répondit Fragoso, lorsque j'allais de village en village pour exercer mon métier.
—Et cette cicatrice?…
—Voici ce qui s'était passé: Un jour, j'arrivais à la mission des Aranas, au moment où ce Torrès, que je n'avais jamais vu, s'était pris de querelle avec un de ses camarades,—du vilain monde que tout cela!—et ladite querelle se termina par un coup de couteau, qui traversa le bras du capitaine des bois. Or, c'est moi qui fus chargé de le panser, faute de médecin, et voilà comment j'ai fait sa connaissance!
—Qu'importe, après tout, répliqua la jeune fille, que l'on sache ce qu'a été Torrès! Ce n'est pas lui l'auteur du crime, et cela n'avancera pas beaucoup les choses!
—Non, sans doute, répondit Fragoso, mais on finira bien par lire ce document, que diable! et l'innocence de Joam Dacosta éclatera alors aux yeux de tous!»
C'était aussi l'espoir de Yaquita, de Benito, de Manoel, de Minha. Aussi tous trois, enfermés dans la salle commune de l'habitation, passèrent-ils de longues heures à essayer de déchiffrer cette notice.
Mais si c'était leur espoir,—il importe d'insister sur ce point —, c'était aussi, à tout le moins, celui du juge Jarriquez.