La réponse précédait presque la question: elle était claire.
Benito n'en demanda pas davantage.
Quant au consentement de Joam Garral, il ne pouvait être l'objet d'un doute. Mais, si Yaquita et ses enfants ne lui parlèrent pas aussitôt de ce projet d'union, c'est qu'avec l'affaire du mariage, ils voulaient traiter en même temps une question qui pouvait bien être plus difficile à résoudre: c'était celle de l'endroit où ce mariage serait célébré.
En effet, où se ferait-il? Dans cette modeste chaumière du village, qui servait d'église? Pourquoi pas? puisque là, Joam et Yaquita avaient reçu la bénédiction nuptiale du padre Passanha, qui était alors le curé de la paroisse d'Iquitos. À cette époque, comme à l'époque actuelle, au Brésil, l'acte civil se confondait avec l'acte religieux, et les registres de la Mission suffisaient à constater la régularité d'une situation qu'aucun officier de l'état civil n'avait été chargé d'établir.
Ce serait très probablement le désir de Joam Garral, que le mariage se fît au village d'Iquitos, en grande cérémonie, avec le concours de tout le personnel de la fazenda; mais, si telle était sa pensée, il allait subir une vigoureuse attaque à ce sujet.
«Manoel, avait dit la jeune fille à son fiancé, si j'étais consultée, ce ne serait pas ici, c'est au Para que nous nous marierions. Madame Valdez est souffrante, elle ne peut se transporter à Iquitos, et je ne voudrais pas devenir sa fille sans être connue d'elle et sans la connaître. Ma mère pense comme moi sur tout cela. Aussi voudrions-nous décider mon père à nous conduire à Bélem, près de celle dont la maison doit être bientôt la mienne! Nous approuvez-vous?»
À cette proposition, Manoel avait répondu en pressant la main de Minha. C'était, à lui aussi, son plus cher désir que sa mère assistât à la cérémonie de son mariage. Benito avait approuvé ce projet sans réserve, et il ne s'agissait plus que de décider Joam Garral.
Et si, ce jour-là, les deux jeunes gens étaient allés chasser dans la forêt, c'était afin de laisser Yaquita seule avec son mari.
Tous deux, dans l'après-midi, se trouvaient donc dans la grande salle de l'habitation.
Joam Garral, qui venait de rentrer, était à demi étendu sur un divan de bambous finement tressés, lorsque Yaquita, un peu émue, vint se placer près de lui.
Apprendre à Joam quels étaient les sentiments de Manoel pour sa fille, ce n'était pas ce qui la préoccupait. Le bonheur de Minha ne pouvait qu'être assuré par ce mariage, et Joam serait heureux d'ouvrir ses bras à ce nouveau fils, dont il connaissait et appréciait les sérieuses qualités. Mais décider son mari à quitter la fazenda, Yaquita sentait bien que cela allait être une grosse question. En effet, depuis que Joam Garral, jeune encore, était arrivé dans ce pays, il ne s'en était jamais absenté, pas même un jour. Bien que la vue de l'Amazone, avec ses eaux doucement entraînées vers l'est, invitât à suivre son cours, bien que Joam envoyât chaque année des trains de bois à Manao, à Bélem, au littoral du Para, bien qu'il eût vu, tous les ans, Benito partir, après les vacances, pour retourner à ses études, jamais la pensée ne semblait lui être venue de l'accompagner.