En effet, dans les parties moins boisées, où s'ouvraient d'assez larges clairières, apparaissaient quelques couples d'autruches, de l'espèce des «naudus», hautes de quatre à cinq pieds. Elles allaient accompagnées de leurs inséparables «seriemas», sorte de dindons infiniment meilleurs, au point de vue comestible, que les grands volatiles qu'ils escortent.
«Voilà ce que me coûte ma maudite promesse! s'écria Benito en remettant sous son bras, à un geste de sa soeur, le fusil qu'il venait instinctivement d'épauler.
—Il faut respecter ces seriemas, répondit Manoel, car ce sont de grands destructeurs de serpents.
—Comme il faut respecter les serpents, répliqua Benito, parce qu'ils mangent les insectes nuisibles, et ceux-ci parce qu'ils vivent de pucerons, plus nuisibles encore! À ce compte-là, il faudrait tout respecter!»
Mais l'instinct du jeune chasseur allait être mis à une plus rude épreuve. La forêt devenait tout à fait giboyeuse. Des cerfs rapides, d'élégants chevreuils détalaient sous bois, et, certainement, une balle bien ajustée les eût arrêtés dans leur fuite. Puis, çà et là, apparaissaient des dindons au pelage café au lait, des pécaris, sorte de cochons sauvages, très appréciés des amateurs de venaison, des agoutis, qui sont les similaires des lapins et des lièvres dans l'Amérique méridionale, des tatous à test écailleux dessiné en mosaïque, qui appartiennent à l'ordre des édentés.
Et vraiment Benito ne montrait-il pas plus que de la vertu, un véritable héroïsme, lorsqu'il entrevoyait quelque tapir, de ceux qui sont appelés «antas» au Brésil, ces diminutifs d'éléphants, déjà presque introuvables sur les bords du Haut-Amazone et de ses affluents, pachydermes si recherchés des chasseurs pour leur rareté, si appréciés des gourmets pour leur chair, supérieure à celle du boeuf, et surtout pour la protubérance de leur nuque, qui est un morceau de roi!
Oui! son fusil lui brûlait les doigts, à ce jeune homme; mais, fidèle à son serment, il le laissait au repos.
Ah! par exemple,—et il en prévint sa soeur—, le coup partirait malgré lui s'il se trouvait à bonne portée d'un «tamandõa assa», sorte de grand fourmilier très curieux, qui peut être considéré comme un coup de maître dans les annales cynégétiques.
Mais, heureusement, le grand fourmilier ne se montra pas, non plus que ces panthères, léopards, jaguars, guépars, couguars, indifféremment désignés sous le nom d'onças dans l'Amérique du Sud, et qu'il ne faut pas laisser approcher de trop près.
«Enfin, dit Benito qui s'arrêta un instant, se promener c'est très bien, mais se promener sans but…