—C'est ma foi vrai, répondit Manoel, mais je crois qu'il était temps d'arriver!»

Le pendu était un homme d'une trentaine d'années, un blanc, assez mal vêtu, très amaigri, et qui paraissait avoir beaucoup souffert.

À ses pieds étaient une gourde vide, jetée à terre, et un bilboquet en bois de palmier, auquel la boule, faite d'une tête de tortue, se rattachait par une fibre.

«Se pendre, se pendre, répétait Lina, et jeune encore! Qu'est-ce qui a pu le pousser à cela!»

Mais les soins de Manoel ne tardèrent pas à ramener à la vie le pauvre diable, qui ouvrit les yeux et poussa un «hum!» vigoureux, si inattendu, que Lina, effrayée, répondit à son cri par un autre.

«Qui êtes-vous? mon ami, lui demanda Benito.

—Un ex-pendu, à ce que je vois!

—Mais, votre nom?…

—Attendez un peu que je me rappelle, dit-il en se passant la main sur le front. Ah! je me nomme Fragoso pour vous servir, si j'en suis encore capable, pour vous coiffer, vous raser, vous accommoder suivant toutes les règles de mon art! Je suis un barbier, ou, pour mieux dire, le plus désespéré des Figaros!…

—Et comment avez-vous pu songer?…