«Pour peu que vous le vouliez, dit Benito, nous planterons des arbres sur la jangada!
Oh! des arbres! répondit Minha.
—Pourquoi pas? reprit Manoel. Transportés avec de bonne terre sur cette solide plate-forme, je suis certain qu'ils prospéreraient, d'autant mieux qu'il n'y a pas de changements de climat à craindre pour eux, puisque l'Amazone court invariablement sous le même parallèle!
—D'ailleurs, répondit Benito, est-ce que le fleuve ne charrie pas chaque jour des îlots de verdure, arrachés aux berges des îles et du fleuve? Ne passent-ils pas avec leurs arbres, leurs bosquets, leurs buissons, leurs rochers, leurs prairies, pour aller, à huit cents lieues d'ici, se perdre dans l'Atlantique? Pourquoi donc notre jangada ne se transformerait-elle pas en un jardin flottant?
—Voulez-vous une forêt, mademoiselle Lina? dit Fragoso, qui ne doutait de rien.
—Oui! une forêt! s'écria la jeune mulâtresse, une forêt avec ses oiseaux, ses singes!…
—Ses serpents, ses jaguars!… répliqua Benito.
—Ses Indiens, ses tribus nomades!… dit Manoel.
—Et même ses anthropophages!
—Mais où allez-vous donc, Fragoso? s'écria Minha, en voyant l'alerte barbier remonter la berge.