Oui, et c'est là une bienfaisante pluie qui n'a jamais tombé à verse sur votre dévoué serviteur!»
Cela dit, Fragoso s'en alla rapidement.
Un instant après, la famille, moins Joam Garral, prit terre. La jangada avait pu s'approcher assez près de la berge pour que le débarquement se fît sans peine. Un escalier en assez mauvais état, taillé dans la falaise, permit aux visiteurs d'arriver à la crête du plateau.
Yaquita et les siens furent reçus par le commandant du fort, un pauvre diable, qui connaissait cependant les lois de l'hospitalité, et leur offrit de déjeuner dans son habitation. Çà et là allaient et venaient les quelques soldats du poste, tandis que, sur le seuil de la caserne, apparaissaient, avec leurs femmes, qui sont de sang ticuna, quelques enfants, assez médiocres produits de ce mélange de race.
Au lieu d'accepter le déjeuner du sergent, Yaquita offrit au contraire au commandant et à sa femme de venir partager le sien à bord de la jangada.
Le commandant ne se le fit pas dire deux fois, et rendez-vous fut pris pour onze heures.
En attendant, Yaquita, sa fille et la jeune mulâtresse, accompagnées de Manoel, allèrent se promener aux environs du poste, laissant Benito se mettre en règle avec le commandant pour l'acquittement des droits de passage, car ce sergent était à la fois chef de la douane et chef militaire.
Puis, cela fait, Benito, lui, suivant son habitude, devait aller chasser dans les futaies voisines. Cette fois, Manoel s'était refusé à le suivre.
Cependant, Fragoso, de son côté, avait quitté la jangada; mais, au lieu de monter au poste, il se dirigea vers le village, en prenant à travers le ravin qui s'ouvrait sur la droite, au niveau de la berge. Il comptait plus, avec raison, sur la clientèle indigène de Tabatinga que sur celle de la garnison. Sans doute, les femmes des soldats n'auraient pas mieux demandé que de se remettre en ses habiles mains; mais les maris ne se souciaient guère de dépenser quelques reis pour satisfaire les fantaisies de leurs coquettes moitiés.
Chez les indigènes, il en devait être tout autrement. Époux et épouses, le joyeux barbier le savait bien, lui feraient le meilleur accueil.