Mais la ville d'Ega est assez importante. Elle méritait qu'on fît halte pour la visiter. Il fut donc convenu que la jangada séjournerait en cet endroit jusqu'au 27 juillet, et que, le lendemain 28, la grande pirogue transporterait toute la famille à Ega.
Cela donnerait un repos qui était bien dû au laborieux équipage du train de bois.
La nuit se passa sur les amarrages, près d'une côte assez élevée, et rien n'en troubla la tranquillité. Quelques éclairs de chaleur enflammèrent l'horizon, mais ils venaient d'un orage lointain, qui n'éclata pas à l'entrée du lac.
CHAPITRE SEIZIÈME EGA
Le 20 juillet, à six heures du matin, Yaquita, Minha, Lina et les deux jeunes gens se préparaient à quitter la jangada.
Joam Garral, qui n'avait pas manifesté l'intention de descendre à terre, se décida, cette fois, sur les instances de sa femme et de sa fille, à abandonner son absorbant travail quotidien pour les accompagner pendant leur excursion.
Torrès, lui, ne s'était pas montré soucieux d'aller visiter Ega, à la grande satisfaction de Manoel, qui avait pris cet homme en aversion et n'attendait que l'occasion de le lui prouver.
Quant à Fragoso, il ne pouvait avoir, pour aller à Ega, les mêmes raisons d'intérêt qui l'avaient conduit à Tabatinga, bourgade de peu d'importance auprès de cette petite ville.
Ega, au contraire, est un chef-lieu de quinze cents habitants, où résident toutes les autorités que comporte l'administration d'une cité aussi considérable,—considérable pour le pays—, c'est-à-dire commandant militaire, chef de police, juge de paix, juge de droit, instituteur primaire, milice sous les ordres d'officiers de tout rang.
Or, lorsque tant de fonctionnaires, leurs femmes, leurs enfants, habitent une ville, on peut supposer que les barbiers-coiffeurs n'y font pas défaut. C'était le cas, et Fragoso n'y eût pas fait ses frais.