Pendant ce temps, sur un signe du prince Gourou Singh, quelques-uns de ses serviteurs étaient allés au séraï, et ils ramenaient les trois éléphants, débarrassés de tout leur attirail de voyage. C'étaient trois magnifiques bêtes, originaires du Bengale, et d'une taille plus élevée que celle de leurs congénères de l'Inde méridionale. Ces superbes animaux, dans toute la force de l'âge, ne laissèrent pas de m'inspirer une sorte d'inquiétude.

Les «mahouts», juchés sur leur énorme cou, les dirigeaient de la main et les excitaient de la voix.

Lorsque ces éléphants passèrent devant Sa Hautesse, le plus grand des trois,—un véritable géant de l'espèce,—s'arrêta, fléchit les deux genoux, releva sa trompe, et salua le prince en courtisan bien stylé qu'il était. Puis, ses deux compagnons et lui s'approchèrent de Géant d'Acier, qu'ils semblèrent regarder avec un étonnement mêlé de quelque effroi.

De fortes chaînes de fer furent alors fixées sur le bâti du tender, aux barres d'attelage, que cachait l'arrière-train de notre éléphant.

J'avoue que le coeur me battait. Le capitaine Hod, lui, dévorait sa moustache et ne pouvait rester en place.

Quant au colonel Munro, il était aussi calme, je dirai même plus calme, que le prince Gourou Singh.

«Nous sommes prêts, dit l'ingénieur. Quand il plaira à Sa
Hautesse?…

—Il me plaît,» répondit le prince. Gourou Singh fit un signe, les mahouts poussèrent un sifflement particulier, et les trois éléphants, arc-boutant sur le sol leurs jambes puissantes, tirèrent avec un parfait ensemble. La machine commença à reculer de quelques pas.

Un cri m'échappa. Hod frappa du pied.

«Cale les roues!» dit simplement l'ingénieur, en se retournant vers le mécanicien.