—Eh! qu'est cela, monsieur, qu'est cela!» répondit Mathias Van Guitt, détournant la tête, tandis que sa main, fébrilement agitée, exprimait un dédain suprême. Puis, procédant par hypotypose, c'est-à-dire se livrant à une description vive et animée:
«Oui, qu'est cela, si vous n'avez pas visité les ménageries de ces puissants rajahs, qui ont conservé le culte des animaux superbes dont s'honore le territoire sacré de l'Inde! Alors, monsieur, reprenez le bâton du touriste! Allez dans le Guicowar rendre hommage au roi de Baroda! Voyez ses ménageries, qui me doivent la plupart de leurs hôtes, lions du Kattyvar, ours, panthères, tchitas, lynx, tigres! Assistez à la cérémonie du mariage de ses soixante mille pigeons, qui se célèbre, chaque année, en grande pompe! Admirez ses cinq cents «boulbouls», rossignols de la péninsule, dont on soigne l'éducation comme s'ils étaient les héritiers du trône! Contemplez ses éléphants, dont l'un, voué au métier d'exécuteur des hautes-oeuvres, a pour mission d'écraser la tête du condamné sur la pierre du supplée! Puis, transportez-vous aux établissements du rajah de Maïssour, le plus riche des souverains de l'Asie! Pénétrez dans ce palais où se comptent par centaines les rhinocéros, les éléphants, les tigres, et tous les fauves de haut rang qui appartiennent à l'aristocratie animalière de l'Inde! Et quand vous aurez vu cela, monsieur, peut-être alors ne pourrez-vous plus être accusé d'ignorance à l'endroit des merveilles de cet incomparable pays!»
Je n'avais qu'à m'incliner devant les observations de Mathias Van Guitt. Sa façon passionnée de présenter les choses ne permettait évidemment pas la discussion.
Cependant, le capitaine Hod le pressa plus directement sur la faune spéciale à cette région du Tarryani.
«Quelques renseignements, s'il vous plaît, lui demanda-t-il, à propos des carnassiers que je suis venu chercher dans cette partie de l'Inde. Bien que je ne sois qu'un chasseur, je vous le répète, je ne vous ferai pas concurrence, monsieur Van Guitt, et même, si je puis vous aider à prendre quelques-uns des tigres qui manquent encore à votre collection, je m'y emploierai volontiers. Mais, la ménagerie au complet, vous ne trouverez pas mauvais que je me livre à la destruction de ces animaux pour mon agrément personnel!»
Mathias Van Guitt prit l'attitude d'un homme résigné à subir ce qu'il désapprouve, mais ce qu'il ne saurait empêcher. Il convint, d'ailleurs, que le Tarryani renfermait un nombre considérable de bêtes malfaisantes, généralement peu demandées sur les marchés de l'Europe, et dont le sacrifice lui semblait permis.
«Tuez les sangliers, j'y consens, répondit-il. Bien que ces suilliens, de l'ordre des pachydermes, ne soient pas des carnaires…
—Des carnaires? dit le capitaine Hod.
—J'entends par là qu'ils sont herbivores; leur férocité est si profonde, qu'ils font courir les plus grands dangers aux chasseurs assez audacieux pour les attaquer!
—Et les loups?