—Les loups sont nombreux dans toute la péninsule, et très à redouter, quand ils se jettent en troupes sur quelque ferme solitaire. Ces animaux-là ressemblent quelque peu au loup fauve de Pologne, et je n'en fais pas plus de cas que des chacals ou des chiens sauvages. Je ne nie point, d'ailleurs, les ravages qu'ils commettent, mais comme ils n'ont aucune valeur marchande et sont indignes de figurer parmi les zoocrates des hautes classes, je vous les abandonne aussi, capitaine Hod.

—Et les ours? demandai-je.

—Les ours ont du bon, monsieur, répondit le fournisseur en approuvant d'un signe de tête. Si ceux de l'Inde ne sont pas recherchés aussi avidement que leurs congénères de la famille des oursins, ils possèdent néanmoins une certaine valeur commerciale qui les recommande à la bienveillante attention des connaisseurs. Le goût peut hésiter entre les deux types que nous devons aux vallées du Cachemir et aux collines du Raymahal. Mais, sauf peut-être dans la période d'hibernation, ces animaux sont presque inoffensifs, en somme, et ne peuvent tenter les instincts cynégétiques d'un véritable chasseur, tel que se présente à mes yeux le capitaine Hod.»

Le capitaine s'inclina d'un air significatif, indiquant bien qu'avec ou sans la permission de Mathias Van Guitt, il ne s'en rapporterait qu'à lui-même sur ces questions spéciales.

«D'ailleurs, ajouta le fournisseur, ces ours ne sont que des animaux botanophages…

—Botanophages? dit le capitaine.

—Oui, répondit Mathias Van Guitt, ils ne vivent i que de végétaux, et n'ont rien de commun avec les espèces féroces, dont la péninsule s'enorgueillit à juste titre.

—Comptez-vous le léopard au nombre de ces fauves? demanda le capitaine Hod.

—Sans contredit, monsieur. Ce félin est agile, audacieux, plein de courage, il grimpe aux arbres, et, par cela même, il est quelquefois plus redoutable que le tigre…

—Oh! fit le capitaine Hod.